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La Casa de Papel ~ Etude de cas

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La Casa de Papel ~ Etude de cas

Avant toute chose, je tiens à signaler que tout ce qui est écrit dans cet article est un avis purement subjectif. Vous pouvez parfaitement ne pas être d’accord avec les éléments cités et je serai d’ailleurs curieuse d’en débattre avec vous.

3 points faibles de l’écriture

Crédibilité des personnages

Commençons par Arturo Roman qui est présenté comme un personnage avec de nombreux défauts : il est lâche, arrogant et trompe sa femme. Arturo a également le complexe du héros, le fait qu’il cherche à entrer dans la Banque Nationale d’Espagne dans la saison 4 n’est donc pas si surprenant. Le véritable problème se pose quand Arturo décide de violer l’une des otages. Ne devrait-il pas plutôt être là pour les protéger et assouvir son complexe du héros ? Et puis franchement, il y a une différence entre tromper et violer. Qui penserait à commettre un acte pareil dans ce genre de circonstances ? Il faudrait être un psychopathe et Arturo n’est pas représenté comme tel.
Il n’est malheureusement pas le seul à avoir perdu en crédibilité. Personne n’a cru à la « logique » du Professeur de donner naturellement les pleins pouvoirs à Tokyo. C’est normal, c’est une aberration. On ne donne pas autant de crédit à une personne réputée pour son impulsivité. Il n’y a aucune cohérence dans ce choix. Je terminerai cette partie avec Palerme qui décide d’aider Gandia à s’en sortir. D’abord, en tant qu’assassin redoutable, Gandia devrait lui-même savoir comment se libérer d’une paire de menottes. Dans beaucoup de films ou séries, on apprend en tout premier aux assassins à se libérer de leurs chaînes. Pourquoi pas lui ? Ensuite, Palerme prône de rester fidèle au plan quoi qu’il en coûte, pourtant il le met volontairement en péril en conseillant cet homme.
Voici donc mon conseil : faites attention à rester cohérent dans les choix de vos personnages ! Autrement vous risquez de perdre en crédibilité auprès de vos lecteurs. Rédigez une liste des qualités et défauts de vos personnages et tâchez d’y rester fidèle. Cela n’empêche pas une évolution de leur caractère, mais il faut que celle-ci soit compréhensible et rationnelle.

Facilités scénaristiques

On ne va pas se mentir, ce problème se posait déjà dans les premières saisons, mais on arrivait encore à croire que le Professeur parvenait à avoir une longueur d’avance sur les autres. Dans la saison 4, tout était beaucoup trop facile pour la bande de braqueurs. Ils ont appris à être de grands chirurgiens en un temps record, ils ont des hélicoptères à disposition et étrangement, le Professeur a toujours le temps nécessaire pour organiser ses prochains coups, même lorsqu’il est pris au dépourvu. Chaque personnage doit avoir ses capacités et ses faiblesses, on ne peut pas leur accorder des dons sortis de nulle part qu’ils ne devraient pas maîtriser. C’est ce qui s’appelle des facilités scénaristiques.  Dans la réalité, ce ne serait pas crédible. Un bon film ou un bon livre doit donc respecter ces limites. Creusez-vous la tête pour trouver une solution cohérente ou évitez simplement de mettre vos personnages dans des situations qu’ils ne sont physiquement ou intellectuellement pas capables de surmonter. Je vous recommande ici aussi de faire une liste avec les capacités et les faiblesses de vos personnages.

Assumer la mort des ses personnages

C’est bien de la mort de Nairobi dont je vais parler ici. J’ai eu beaucoup de mal avec les choix scénaristiques. En fin de saison 3, la série opte pour un énorme cliffhanger en nous laissant nous interroger sur le destin réservé à Nairobi. Va-t-elle mourir de sa blessure ou survivre ? Il y avait un choix à faire et à assumer en saison 4 et à mes yeux, les scénaristes ont joué avec les téléspectateurs. À partir du moment où ils ont opté pour lui laisser la vie sauve, ils n’auraient pas dû changer d’avis, en tous cas pas au cours de la même saison. Ils ont voulu jouer les montagnes russes et ont fini par lui offrir une mort qui n’est pas du tout à la hauteur du personnage. La Casa de Papel n’est pas la seule série à avoir du mal à se décider sur ses mises à mort. Les univers fantastiques profitent beaucoup de cet aspect irréel pour tout rendre possible, quitte à ramener n’importe qui d’entre les morts. Non ! Si vous décidez de faire mourir l’un de vos personnages, faites-le franchement ou ne le faites pas du tout.

3 points forts de l’écriture

Utilisation de cliffhanger

Le cliffhanger est une manière de créer du suspens quand un récit s’achève avant son dénouement, à un point crucial de l’intrigue. Très utilisé dans la série, La Casa de Papel maîtrise parfaitement l’art de donner envie de découvrir la suite. À chaque fin d’épisode, elle arrête l’intrigue au milieu d’une situation non résolue, laissant parfois les personnages dans une phase difficile. Finalement, peu importe si on aime ou non la série, chaque épisode nous donne envie de voir le suivant jusqu’à la fin de la saison. C’est une manière très intéressante de fidéliser le spectateur qui reste sur sa faim et veut absolument connaître la suite. Quand on écrit un livre, on cherche aussi à ce que le lecteur accroche et l’utilisation de cliffhanger peut être un procédé intéressant. Certains s’en servent dans les premiers chapitres, pour rendre le lecteur accro à son récit dès le début. Quand on écrit une saga, il peut également être intéressant de tout miser sur la fin pour donner envie d’acheter les prochains tomes. C’est donc un grand oui pour l’utilisation de cliffhanger, mais attention à ne pas en abuser ! Si le chapitre suivant n’est pas à la hauteur du suspens installé, abstenez-vous.

Maîtrise de l’émotion

C’est un peu la base de tout bon récit. Si l’émotion est créée, le spectateur ou lecteur restera attentif à ce qu’il se passe, malgré les défauts de l’histoire. Le monde audiovisuel a plus de facilités à créer de l’émotion grâce à l’image et au son, mais le plus important passe à travers vos personnages. Ils doivent être solides et toujours transmettre des choses : la peur, la curiosité, la joie, la tristesse… Dans La Casa de Papel, on est curieux de savoir comment le Professeur va réagir aux attaques de ses adversaires. On est énervé chaque fois que Tokyo crée des problèmes et on a les larmes aux yeux lorsqu’un personnage meurt.
Quand on écrit, la même chose doit se produire. L’auteur doit transmettre les émotions à travers ses personnages. Si on décrit par exemple la mort de Nairobi, il aurait été très intéressant d’être du point de vue d’Helsinki qui était le plus proche d’elle. Le personnage est déchiré, anéanti face à sa perte et c’est ce que le lecteur a envie de ressentir. Ne rechignez pas à écrire quelques lignes sur le ressenti de votre personnage quand il traverse un moment important, vous n’ennuierez pas le lecteur si c’est bien rédigé.

Caractérisation des personnages

Je me suis plaint sur la crédibilité des personnages un peu plus haut, mais il y a aussi des personnages qui se révèlent dans cette saison et qui semblent bien maîtrisés. Je pense notamment à Alicia, ce personnage qu’on prend plaisir à détester. Moi la première, je ne la supporte pas et c’est de cette façon qu’on reconnaît un bon personnage : ils font passer l’émotion voulue. Les scénaristes n’ont pas du tout cherché à la rendre empathique et ont parfaitement assumé le rôle qu’ils lui ont accordé. On aurait pu s’attendre à ce que ses hormones de femme enceinte la rendent plus sensible, mais non. Alicia se sert même du fils de Nairobi pour l’atteindre, ce qui rend son personnage d’autant plus cruel. Le rôle qu’elle doit porter est assumé du début à la fin et il n’y a, pour l’instant, aucune incohérence à son sujet. Dans le même genre, Gandia nous en a fait voir de toutes les couleurs. Cet assassin hors pair en a fait baver à nos braqueurs et honnêtement, j’ai trouvé son rôle intéressant… mais très mal exploité. Faites donc attention à l’exploitation de vos personnages ! Ce sont eux qui portent votre projet et s’ils sont mal développés, le lecteur aura tendance à décrocher et ne finira jamais votre récit. Ce n’est pas ce que vous voulez.

J’espère que cet article vous a plu !
N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous avez repéré d’autres points forts et points faibles de l’histoire. En réalité, il y en a beaucoup d’autres, mais j’ai préféré me concentrer sur ceux qui ont été cités.

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