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Chapitre 10

DATE: 2 Mai 2020  |  AUTEURE: Elina Connor  |  36 vues

Italie, Rome

Une longue inspiration aide Freya à garder la tête froide lorsqu’elle quitte l’aéroport pour fouler le sol d’Italie, sa terre natale. La météo est bien plus clémente qu’en Irlande, il y fait plus doux et ce temps lui avait manqué. La Nephilim n’a pas remis les pieds à Rome depuis que le Conseil a décidé d’étouffer l’affaire sur la mort de son binôme. Il lui était difficile de rester ici en sachant qu’il n’y aurait jamais de représailles. Certes, la vengeance ne doit pas entrer en compte dans les choix des Nephilims et Freya connaît les règles, mais Daniel occupait une place particulière à ses yeux. Il était le seul à qui elle avait confié son histoire… Celui pour qui elle n’avait aucun secret.

Pour empêcher la rancœur d’obscurcir ses pensées, Freya a profité de toutes les occasions qui se présentaient à elle pour accomplir des missions à l’étranger. Elle a préféré se tenir à l’écart du Vatican pour éviter de se voir attribuer un nouveau partenaire. Voilà presque quatre mois que le Conseil la laisse tranquille, visiblement il estime que c’est un laps de temps suffisant pour faire son deuil.

Un taxi la dépose devant les portes du Vatican. Freya porte sa main sur la croix en argent autour de son cou et la fait tourner entre ses doigts. Cela l’aide à faire le vide dans son esprit. Une réunion est prévue aujourd’hui et le Conseil l’attend. Freya ignore pourquoi elle a été conviée, habituellement aucun Nephilim n’est invité à participer à ces entrevues. Serait-ce pour son jugement ? Declan leur aurait-il raconté ce qu’il a vu lors de leurs retrouvailles ? Elle préfère chasser cette pensée et se persuade que le Nephilim lui est plus fidèle qu’il ne l’est au Conseil. La rousse traverse le long couloir qui lui fait face, la tête haute, le dos droit et les talons de ses chaussures claquant sur le sol à chacun de ses pas.

Elle pousse l’une des hautes portes qui se dressent devant elle et se retrouve face à une petite assemblée réunie autour d’une grande table rectangulaire. La première chose qui attire son regard est l’imposante bannière de l’Ordre des Nephilims représentée par la croix de l’alpha et l’oméga. Leur devise est inscrite en latin : « Deus, Causam meam, Gladius meus.[1] ». Freya reporte son attention sur l’auditoire et repère les sept membres du Conseil constitués uniquement d’hommes. Mais ce n’est pas tout, ces derniers sont également accompagnés de… la Régente ?

La jeune femme est complètement larguée. Depuis quand est-ce que le Conseil et les prêtresses font affaire ensemble ? N’est-ce donc pas contraire à la foi et aux valeurs des Nephilims ? Dans les livres d’histoire, les fanatiques envoyaient au bûcher toute personne susceptible d’avoir un lien avec la sorcellerie. Si les Nephilims vivent désormais en paix avec les prêtresses et les skinwalkers, c’est uniquement suite à un accord commun de vouloir préserver l’humanité. Néanmoins, il n’a jamais été question d’une alliance, ces créatures ne font pas partie de l’ordre naturel des choses.

La rousse dissimule sa surprise derrière un air impassible. Elle souhaiterait qu’on lui explique ce qu’il se passe mais devra faire avec ses interrogations. Freya observe brièvement la Régente ainsi que la deuxième prêtresse qui l’accompagne, puis reporte son attention vers l’un des hommes qui s’adresse à elle.

— Freya Coleman, nous vous attendions.

La Nephilim baisse doucement la tête en signe d’allégeance et s’installe sur la dernière chaise libre lorsqu’on l’y convie. Elle ne prend pas la parole et se contente de patienter, le temps de connaître la raison de sa présence.

— Nous avons devant nous la liste de vos résultats depuis le début de votre parcours.

Elle pose rapidement son regard sur le dossier ouvert devant le dirigeant à sa gauche. Elle souhaiterait tant pouvoir jeter un coup d’œil à ces lignes… Doit-elle craindre ce qui y figure ? La Nephilim a toujours été une bonne combattante, mais peut-être n’apporte-t-elle plus satisfaction à ses supérieurs ?

— Cela ne fait aucun doute que vous êtes la digne fille des Coleman, vos parents seraient fiers de vous, annonce l’homme à sa droite.

Elias Leoni était très proche de sa famille. Il n’a rejoint le Conseil que quelques mois avant leur mort. Depuis, il a veillé tout particulièrement à ce que l’entraînement de Freya se déroule de la meilleure façon.

Rassurée par les propos tenus à son égard, Freya appuie son regard dans celui d’Elias, émue par ce compliment. Étant la fille de deux redoutables Nephilims, elle a toujours eu le sentiment qu’on en attendait beaucoup plus de sa part et craint parfois de ne pas être à la hauteur de leur réputation. Fonder une famille entre Nephilims ne se fait plus depuis des siècles étant donné qu’ils risquent leur vie à chaque instant. L’amour ne fait pas partie de leur éducation et il y a suffisamment d’orphelins pour ne pas avoir besoin de procréer. Freya a été l’exception. Si elle n’a pas eu l’occasion de passer toute son enfance auprès de ses parents, elle les a connus suffisamment longtemps pour se rappeler leur visage et l’affection qu’ils lui portaient. C’est pour cette raison qu’elle ne retire jamais la croix suspendue à son cou, seul héritage qu’ils lui ont laissé.

— Vos résultats sont excellents Freya, assez pour pouvoir affirmer que vous êtes notre meilleur élément, et ce malgré la perte de votre partenaire, reprend Elias.

Entendre parler de Daniel lui serre l’estomac, mais Freya sait qu’elle n’est pas ici pour évoquer la mort de son coéquipier, alors elle ne remettra pas le sujet sur le tapis.

— Je suis ravie de recevoir de tels éloges, dit-elle d’un ton humble.

La Régente, qui l’observe sans avoir prononcé le moindre mot, se lève de sa chaise. Elle est vêtue d’une longue robe rouge et arbore une magnifique coupe au carré noire. Cela ne rend pas ses traits plus durs comme on pourrait le penser. Une extrême douceur se dégage de son visage, malgré le lourd fardeau qui repose sur ses épaules. Les prêtresses sont des êtres purs, du moins la majorité d’entre elles le sont. Cette espèce est la seule à pouvoir utiliser la magie, elle a la particularité d’être constituée uniquement de femmes.  En dehors de la Régente, les prêtresses sont toutes vêtues de blanc et ont une chevelure qui descend jusqu’au bas de leur taille.

Les yeux gris perle de la Régente viennent soutenir le regard de Freya qui attend la suite.

— Les temps sont graves, mademoiselle Coleman. La Norvège a été renversée et se trouve désormais sous le contrôle total d’Alekseï Nielsen. Il n’a pas l’intention d’en rester là.

Alekseï est un daeva réputé non seulement pour sa dangerosité, mais aussi parce que personne n’a été en mesure de le stopper dans ses désirs de conquête. Freya n’en sait pas plus, elle ne connaît que les rumeurs qui circulent à son sujet.

— Vous souhaitez que je me charge de son élimination ? demande Freya à la Régente.

— Non ! l’interrompt immédiatement Elias. Nous avons perdu trop d’hommes dans cette bataille et même si tu avais la meilleure brigade à ta disposition, tu ne parviendrais pas à le supprimer définitivement.

Ce dernier terme pousse Freya à se questionner davantage sur cet ennemi. Elle n’imaginait pas qu’un daeva puisse autant effrayer le Conseil, y compris la Régente.

— Alors… qu’attendez-vous de moi ? s’interroge la Nephilim.

— Alekseï est à la recherche d’un artefact. Son règne en Norvège étant récent, il ne peut pas encore se permettre de quitter le pays, mais nous pensons qu’il a envoyé l’une de ses alliées pour récolter des informations.

Freya semble toujours hésitante.

— Vous souhaitez que je l’élimine… ou que je la surveille ?

Le silence qui suit la fin de sa question lui indique qu’elle a visé juste avec ce second choix.

— Au moment où nous parlons, une trêve est en train d’être signée en Angleterre. Daevas, skinwalkers et prêtresses doivent donc montrer l’exemple d’une paix possible entre les espèces. J’ai accepté cet accord, prononce la Régente en contournant lentement la table. En tant que prêtresses, nous avons le devoir de maintenir l’équilibre.

Il semble pourtant y avoir un bémol à cette histoire.

— Valentina Gianni a également fait partie des signataires, reprend la Régente. Elle dirige les daevas du Centre de Londres et a l’intention de séjourner en Italie pour une durée indéterminée. Nous pensons que c’est elle, l’espionne d’Alekseï. Vous comprenez donc notre position délicate dans cette situation, termine-t-elle en arrivant sur la droite de la Nephilim qui continue de l’observer.

Cette trêve tombe juste au bon moment et ne dit rien qui vaille à Freya. Si les daevas deviennent libres de faire ce que bon leur semble alors où va le monde ? Elle a du mal à concevoir qu’une telle décision ait pu être mise en place.

— Tu seras accompagnée de prêtresses durant ta mission, reprend Elias. Valentina ne doit jamais découvrir que tu es une Nephilim, encore moins qu’une alliance existe entre le Conseil et la Régente.

La divulgation d’une association desservirait aussi bien l’image des prêtresses que les croyances des Nephilims. Si des bruits de couloir venaient à circuler dans leurs rangs, ils exigeraient des explications de la part du Conseil et perdraient confiance en leurs dirigeants. Même si cela ne l’enchante pas, Freya commence peu à peu à comprendre la raison de cette alliance. Elle espère simplement que tout rentrera dans l’ordre une fois sa mission terminée…

— Quel genre d’informations souhaitez-vous obtenir ? demande la jeune femme.

— Tout ce que tu es susceptible d’apprendre. De son lien avec Alekseï à ses recherches et ses motivations. Tu es seule sur cette mission Freya, tu ne dois donc en parler à personne.

Cela lui convient parfaitement. Elle ne se voyait pas faire équipe avec un autre Nephilim alors qu’elle s’interdit de laisser quiconque remplacer Daniel.

— Très bien. Vous aurez des comptes rendus toutes les semaines sur mon avancée.

Garder une daeva en vie va s’avérer difficile, mais Freya mettra de côté ses principes pour ne pas faillir à ses engagements. Elle sait que les membres du Conseil comptent sur elle et n’a pas l’intention de les décevoir.

[1] Devise en latin qui signifie : Dieu, ma Cause et mon Épée.

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A suivre…

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