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Chapitre 2

DATE: 2 Mai 2020  |  AUTEURE: Elina Connor  |  47 vues

Irlande du Nord, Comté d’Antrim

Installé sur la banquette arrière d’un taxi, Declan observe le paysage défiler devant ses yeux. Toute cette verdure lui avait manqué, non pas qu’il déteste l’Italie, mais rien ne sera jamais à la hauteur de son pays natal. Declan est un Irlandais pure souche. Il a toujours défendu ses terres, notamment face à la colonisation anglaise qu’il n’a jamais acceptée, alors qu’il fait partie de la nouvelle génération. La voiture avance dans une longue allée où des arbres majestueux se dressent des deux côtés. Certaines branches tordues se rejoignent en hauteur et les feuillages couvrent en grande partie la vue du ciel. De jour le spectacle est grandiose, néanmoins personne ne souhaite s’y aventurer une fois la nuit tombée, car le lieu arbore des allures de forêt dangereuse et maudite. Le Nephilim aime particulièrement cette route, même s’il aurait préféré qu’elle soit située en Irlande du Sud, là où il a grandi. Cela fait sept ans que l’un de ses frères aînés, Ambrose Finnigan, a emménagé dans le comté d’Antrim. Declan ne s’est toujours pas habitué à l’idée qu’il ait pu choisir l’Irlande du Nord.

La voiture se gare dans une cour mal entretenue où la pelouse n’a pas été tondue depuis plusieurs mois et empiète sur l’allée de pierres. Après de longues secondes passées à observer la maisonnette blanche qui se trouve devant lui, Declan sort du véhicule et rejoint le conducteur qui est déjà en train de retirer ses affaires du coffre. Il l’arrête en le voyant approcher sa main d’un grand sac noir et s’en empare le premier avec précaution.

— Je m’occupe de ce bagage.

Declan fouille dans les poches de sa veste et attrape son portefeuille d’où il tire quelques billets. Le regard mécontent du chauffeur indique clairement qu’il n’est pas satisfait de sa paie. Cela se confirme lorsqu’il commence à s’emporter et à pester dans une langue dont Declan ne connaît pas un traître mot. Peut-être est-ce de l’indien ?

— Ça va, j’ai compris ! dit-il en doublant la somme.

Un soupir s’échappe de la gorge du Nephilim tandis qu’il s’efforce de faire un signe d’au revoir au chauffeur qui ne lui accorde pas plus d’attention avant de décamper. La politesse s’est décidément perdue au fil des années.

Devant la maison, ses bagages empilés à ses côtés, Declan hésite à frapper à la porte, mais il se souvient que dans la famille Finnigan, on a pour habitude de la laisser ouverte durant la journée. Il a abandonné cette façon de faire en évoluant auprès des Nephilims. Le trentenaire ressent un mélange d’empressement et d’appréhension à l’idée de retrouver ses proches. Presque deux ans se sont écoulés depuis sa dernière visite. Il prend une longue inspiration et se décide à poser la main sur la poignée pour entrer. Au même moment, une voix féminine s’élève depuis le salon.

— Combien de fois faudra-t-il que je vous dise de ne pas courir après manger ? C’est mauvais pour la digestion !

Le Nephilim ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’il entend sa petite sœur. Elle a beau tenter de jouer les femmes autoritaires, son air doux la trahit dès qu’elle s’adresse à ses neveux.

— Pardon tata Erin ! répondent-ils en cœur d’un ton plus enjoué que désolé.

Declan pose ses affaires à l’intérieur et claque la porte dans son dos pour annoncer sa présence, visiblement passée inaperçue.

— Tonton Declaaaan !

Les jumeaux, Cameron et Edan, se précipitent dans le hall d’entrée pour le saluer. Declan les soulève et balance le premier par-dessus son épaule comme un sac à patates puis vient bloquer le second sous son autre bras.

— Alors les terreurs, on n’écoute pas tata Erin ?

Un sourire narquois apparaît sur son visage et sa voix se transforme en murmure lorsqu’il continue de s’adresser à eux.

— La prochaine fois, courez autour d’elle jusqu’à ce qu’elle ne sache plus où donner de la tête. Elle adore ça.

— J’ai entendu.

Les bras croisés sous sa poitrine, Erin observe son grand frère avec ses yeux noisette inquisiteurs.

— Je vois que tu as laissé pousser tes cheveux, frangine.

Toujours faire remarquer à une femme ce genre de détails, même quand il s’agit de sa propre sœur, c’est ce que Declan a appris au fil des années. Les cheveux noir de jais d’Erin retombent en cascade le long de ses reins. Certaines mèches sont placées devant ses épaules, de sorte à camoufler en partie son imposante poitrine… Un cadeau de la nature sur lequel les hommes aiment tant poser leur regard pervers, ce qui irrite particulièrement son frère, trop protecteur avec elle. C’est une Finnigan après tout alors il faut la mériter ! La dernière fois qu’ils se sont vus, sa sœur avait une coupe au carré.

— Tu aurais pu prévenir de ta visite.

— Et manquer la tronche que tu affiches ? Jamais de la vie !

Il sait que même si Erin est un peu froide avec lui pour le moment, elle est heureuse de le retrouver.

— Combien de temps comptes-tu nous faire l’honneur de ta présence cette fois ? Trois jours ? Quatre ?

Avant de répondre, Declan repose les jumeaux sur le sol et leur tend un sac rempli de jouets provenant d’Italie. Il a également glissé quelques friandises à l’intérieur, il faut bien mériter son statut de meilleur tonton. Comme tous bons gamins de sept ans, ces derniers repartent aussitôt avec leur butin pour aller s’amuser plus loin. Le Nephilim relève ensuite son regard vers sa sœur.

— Je resterai jusqu’à ce qu’on me rappelle, mais j’ai l’impression que ça pourrait être long cette fois.

Declan se demande toujours pourquoi le Conseil a décidé de le renvoyer en Irlande maintenant. Il a le sentiment qu’on cherche à le garder à distance sans en connaître la raison.

— Alors Minimoys, tu ne viens pas prendre ton frangin dans les bras ?

— Je ne sais pas si c’est mérité !

Erin finit par se détendre et affiche un large sourire avant de braver les quelques mètres qui les séparent pour se serrer contre lui. Declan profite de cette étreinte qu’il avait tant espérée. Sa sœur est petite comparée à lui, elle ne dépasse pas le mètre soixante, ce qui fait une différence de vingt bons centimètres entre eux.

— Tu m’as manqué, crétin.

Il sourit et vient déposer un baiser protecteur sur le sommet de son front. Son regard balaie rapidement la pièce avant de concentrer à nouveau son attention sur Erin.

— Brose n’est pas là ?

— Non, il rentre tard du travail en ce moment alors c’est moi qui m’occupe des jumeaux. Je te jure, ils ont réussi à faire fuir toutes les baby-sitters du comté !

Declan éclate de rire suite à ces paroles.

— Ne te moque pas ! Ces petites terreurs sont épuisantes !

— Tu as l’air de bien t’en sortir pourtant.

— Tu connais le dicton, seul un Finnigan sait comment s’y prendre avec un autre Finnigan.

Elle n’a pas tort, Lohan Finnigan, leur mère, a plus d’une fois voulu faire appel à une aide supplémentaire avec ses sept enfants. Elle a vite renoncé lorsqu’elle a pris conscience que c’était elle qui assistait les baby-sitters et non l’inverse. Erin est l’unique fille de la grande fratrie, la petite dernière, juste après Declan. Elle n’a pas encore dépassé la trentaine, contrairement à ses frères, mais s’en rapproche doucement du haut de ses vingt-sept ans révolus.

— Tu as de la chance d’arriver maintenant, cinq jours plus tard et tu aurais trouvé la maison vide. Brose et son coéquipier ont été mutés, on retourne à Kilkenny.

La ville où se situe la demeure de son enfance… Declan ignore comment réagir à cette annonce, il n’avait pas prévu de retrouver la totalité de sa famille. Contrairement à Ambrose et Erin, il ne les a pas revus depuis cinq ans. Il sait néanmoins que Farell et Lohan Finnigan, qu’ils appellent tous respectivement Pa’ et Ma’, lui en voudraient beaucoup de ne pas leur rendre visite alors qu’il est en Irlande pour plusieurs jours. Il ne préfère pas trop s’attarder sur la question pour l’instant.

— Vous avez vendu la maison ?

— Non, Brose ne s’en sentait pas la force. Il dit que ça nous fera toujours un endroit où aller pour les vacances.

Declan acquiesce, il comprend pourquoi son frère refuse de se séparer de cette maison. C’est ici qu’il avait prévu de finir sa vie avec sa femme Moïra et les jumeaux… jusqu’à ce que cette dernière décède d’un cancer il y a deux ans. Declan n’a pas eu beaucoup d’occasions de voir Ambrose depuis ce drame, il n’a pu revenir qu’une seule fois pour être exact. C’est pour lui qu’il a fait sa demande auprès du Conseil, après avoir reçu une lettre d’Erin, cinq mois plus tôt, qui stipulait que leur frère avait fait une nouvelle rechute dans l’alcool. Il s’en voudra toujours de ne pas avoir pu être davantage présent pour Ambrose, surtout lorsqu’il a constaté à quel point il était dévasté.

— Brose sera content de te voir.

La remarque d’Erin l’interpelle. Le sera-t-il vraiment ? Declan se pose la question.

— Tu peux installer tes affaires dans l’une des chambres d’amis, mais évite de tout déballer, sauf si tu as l’intention de rester là sans nous.

— Et ne pas pouvoir vous emmerder à longueur de journée ? Même pas en rêve !

Erin ne peut s’empêcher de sourire, même si elle secoue la tête d’un air faussement désespéré, juste pour la forme.

— Moi qui croyais que les hommes d’Église allaient mieux t’éduquer, Ma’ va être déçue !

— Tu veux rire ? C’est Ma’ qui m’a appris ma première insulte.

Ils s’esclaffent et commencent à se remémorer quelques anecdotes, comme le fameux jour où ils ont organisé un jeu de combat dans la cour d’une ferme, les Irlandais contre les Anglais. Les forces de l’ordre étaient intervenues et Lohan Finnigan avait été furieuse de récupérer ses sept enfants au poste de police. Oui, même la plus jeune de la fratrie avait participé. Declan évoque également la fois où leur père a été convoqué chez le proviseur, car il s’était servi du petit Jonas pour apprendre à sa sœur comment donner de bons coups de pied dans les parties intimes. Le pauvre garçon avait terminé tête la première dans une poubelle et Declan s’était défendu en insinuant que les Irlandais accueillaient les Anglais de cette façon dans cet établissement. Les parents Finnigan ont beau être croyants, avec des enfants pareils ils ont fini par laisser de côté certaines règles de bienséances. Un coup de ceinture ou une insulte de temps en temps n’allait traumatiser personne et il fallait bien éduquer ces petits garnements.

Ils continuent à rire et discuter durant une bonne heure avant que Declan débarrasse l’entrée pour aller ranger ses affaires dans l’une des chambres. L’endroit est simple, il y trouve un lit une place, quelques placards pour y mettre le contenu de ses bagages, un miroir accroché à un mur ainsi qu’une table de chevet avec une lampe. Il y a aussi ce rideau blanc toujours grand ouvert à l’unique fenêtre de la pièce, c’est à se demander quelle est sa réelle utilité. La seule chose qu’il n’aime pas ici, c’est le papier peint à motif floral. Il adorait narguer Moïra sur ses mauvais goûts décoratifs. Ces vieilles habitudes lui manquent…

Le Nephilim pose son sac noir sur le matelas et sort une clef de la poche de son jean afin d’ouvrir le cadenas qui maintient les deux fermetures éclair entre elles. À l’intérieur sont entassés des poignards, des armes à feu et enfin sa hache qu’il emporte toujours avec lui. Difficile de voyager avec ce genre d’équipement sur soi, mais l’avantage des Nephilims est d’avoir accès à un large réseau permettant de résoudre ce genre de problèmes. Ainsi, Declan n’a eu aucun souci à l’aéroport. Il saisit deux dagues et un pistolet qu’il camoufle sur lui avant de remettre le cadenas en place et ranger le sac au fond du placard.

Vêtu de sa fidèle veste en cuir noire, Declan quitte la chambre et passe devant sa sœur qui joue avec les jumeaux dans le salon.

— Tu sors déjà ?

— Je dois rendre visite à une connaissance, je serai de retour dans la soirée.

Erin pourrait l’interroger quant à l’identité de cette personne mais n’en fait rien.

— Ce serait bien que tu arrives avant Brose.

— Promis.

Il sait qu’elle ne le croit pas. Malgré tous ses efforts, Declan n’est pas doué pour respecter ses engagements. Il entend le soupir de sa sœur au moment où il referme la porte. Le Nephilim a conscience qu’il doit beaucoup manquer à sa famille, mais ses activités ne lui permettent malheureusement pas d’être en contact avec eux autant qu’il le voudrait. Ses proches ont fini par se faire à l’idée de le voir disparaître aussi vite qu’il apparaît.

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