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Chapitre 3

DATE: 2 Mai 2020  |  AUTEURE: Elina Connor  |  45 vues

Irlande du Nord, Comté d’Antrim

Adossé contre le mur froid d’un bâtiment en plein centre-ville, Declan jette quelques coups d’œil autour de lui. Cigarette en bouche, il semble attendre quelque chose. La lumière du hall près duquel il se trouve s’allume soudain et une charmante dame en ressort. Le Nephilim la salue d’un petit mouvement de tête et ne peut s’empêcher de laisser traîner son regard sur son postérieur lorsqu’elle s’éloigne. Il ne s’y attarde pas plus de quelques secondes et rattrape la porte avant qu’elle se referme. Il prend une dernière bouffée de nicotine, jette sa cigarette et entre à l’intérieur du bâtiment.

Declan grimpe les marches de l’escalier deux par deux. De la musique classique retentit dans tous les couloirs de l’immeuble. Le volume est si élevé qu’on pourrait croire qu’un sourd a eu envie de mettre au défi son handicap en tournant le bouton de l’enceinte à son maximum. Le Nephilim s’arrête au cinquième étage lorsqu’il aperçoit une femme d’âge mûr tambouriner à la porte de l’appartement d’où provient le bruit.

— Ça suffit ! Baissez ce satané son ! Je vous jure que je vais finir par appeler les flics !

Elle ne contactera jamais la police, cette femme a déjà rencontré trop de problèmes avec eux alors ils ne se déplaceront pas pour elle et, en réalité, elle ne souhaite pas qu’ils interviennent non plus.

— Inutile de joindre qui que ce soit, mademoiselle. Je me charge de couper la musique. 

Visiblement la surnommer ainsi semble avoir fait son effet, à moins que ce ne soit le charme naturel du Nephilim qui la calme aussitôt.

— Vous êtes bien aimable cher monsieur. Trois heures que cette mascarade dure, j’ai la tête qui va exploser !

— Je vous assure que vous ne serez plus dérangée.

Elle le remercie en tapotant plusieurs fois le torse de Declan, donnant l’impression de vérifier si son corps est à la hauteur de ses espérances. Étant donné qu’elle lui propose de passer la voir à son domicile quand il le souhaitera, Declan suppose qu’elle est satisfaite. Il se sent comme un morceau de viande qui vient d’être acheté, mais au vu de son propre comportement envers la gent féminine, il n’est pas en droit de se plaindre.

Il attend que la voisine retourne chez elle avant de s’attaquer à la serrure de la porte. Il ne lui faut pas longtemps pour crocheter le loquet, quelques secondes et la magie opère. La musique classique qu’il entendait depuis le couloir est encore plus assourdissante une fois à l’intérieur. Il prend sur lui pour faire fit de cette gêne et referme doucement derrière lui. Toutes les lumières de l’appartement sont allumées. L’endroit est propre et simple, à la fois moderne et élégant, digne d’un bon Airbnb si on retire le fait que les locataires ne respectent pas toujours la tranquillité de leurs voisins.

Le Nephilim s’aventure discrètement à l’intérieur du logement, une dague à la main. Il croit entendre des geignements, mais n’en est pas certain à cause de la musique et décide d’aller vérifier. Il arrive devant une chambre et s’arrête, surpris. Un homme est ligoté à une chaise, bâillonné et couvert de blessures. Le type s’agite et Declan est convaincu qu’il le supplie du regard de le libérer, mais il s’aperçoit que l’individu semble fixer quelque chose avec crainte derrière lui.

Declan esquive de justesse un coup de poignard et s’empare de la main de son agresseur. Il fait basculer le corps de ce dernier par-dessus son épaule et le plaque au sol, sa dague appuyée contre sa gorge.

— Tu es toujours aussi accueillante, Freya.

— Declan ?!

Les yeux verts de la jeune femme s’écarquillent lorsqu’elle se rend compte qu’il s’agit bien de lui. Elle le désarme d’un coup sec dans le poignet, pose ses pieds contre son torse et le balance contre un meuble qui s’écroule sur lui.

— Outch…

La belle rousse esquisse une petite grimace, gênée. Elle n’avait pas prévu de faire autant de dégâts. La Nephilim est fine, mais cela ne l’empêche pas d’être musclée. Cette dernière se redresse et déplace le placard qui écrase Declan avant de tendre son bras dans sa direction pour l’aider à se relever. Declan la regarde, méfiant.

— Si j’attrape ta main, tu ne vas pas me balancer à travers la fenêtre, rassure-moi ? Parce que je suis un peu brouillé avec l’ange Gabriel en ce moment donc je doute qu’il me prête ses ailes.

Humour de Nephilims.

Freya roule des yeux et se rapproche de lui.

— Promis, je ne me servirai plus de toi pour refaire la déco.

Il sourit et accepte son aide pour se relever. Malgré les quelques bleus qu’il risque d’avoir, il ne lui en veut pas. C’est assez habituel chez eux d’encaisser les coups, cela fait partie de leur quotidien. Declan repose son regard sur l’homme ligoté qui semble dépité à l’idée d’avoir affaire, non pas à un, mais deux Nephilims. Il remarque les taches brunes présentent dans ses iris et son sang de couleur noire, des particularités qui sont propres aux daevas.

— Tu m’expliques ?

Freya commence à ouvrir la bouche pour répondre, mais Declan l’interrompt en levant l’index pour la stopper dans son élan afin qu’elle lui accorde une minute. Il quitte la chambre et se dirige vers le salon à la recherche de l’enceinte pour l’éteindre. Il ne pensait pas que ça pourrait lui faire autant de bien de couper la musique.

— Il était bruyant, se défend-elle.

Le Nephilim se tourne vers Freya qui apparaît dans l’embrasure de la pièce. La jeune femme est âgée de vingt-neuf ans, soit trois ans de moins que lui. Elle est plutôt grande et Declan est le premier à penser que Dieu a été extrêmement généreux avec elle. La rousse est dotée de formes parfaites, ce qui peut s’avérer utile au cours de ses missions. Declan a tenté plus d’une fois de la séduire lors de ses débuts parmi les Nephilims. Même s’il s’est calmé avec le temps, il ne compte pas totalement abandonner l’affaire.

— Comment aurais-tu fait si l’un des voisins avait appelé les flics ?

— Une connaissance des Nephilims travaille à la station de police d’à côté, elle m’aurait couverte.

Declan n’est pas entièrement convaincu, mais il n’insiste pas davantage sur la question.

— Depuis quand est-ce que tu tortures des daevas ? On est censé libérer leur âme, pas les faire souffrir.

Par libérer, Declan insinue les tuer. L’existence même des Nephilims repose sur ce principe. L’histoire raconte que le pape en personne, à l’époque du Moyen-Âge, aurait constitué ce groupe secret pour délivrer le pays des ténèbres qui l’envahissaient. Il l’a nommé l’Ordre des Nephilims, car il estimait que ces soldats de Dieu étaient chargés de rétablir l’ordre sur Terre en combattant ces créatures obscures.

Les daevas sont des ombres maléfiques ayant pris possession d’humains au bord de la mort. Pour se multiplier, ils transfèrent un fragment de leur essence dans le corps de leurs hôtes et les figent dans le temps. Ces êtres se nourrissent d’énergie vitale pour survivre et sèment la destruction autour d’eux. Voilà pourquoi les Nephilims se considèrent comme des sauveurs et non des meurtriers. On leur enseigne depuis toujours que leur combat consiste à libérer les âmes prisonnières des daevas, les exécuter serait l’unique façon. Il est donc logique que le recours à la torture soit interdit.

— Tu peux le tuer si tu veux, j’ai obtenu les réponses que je cherchais. J’étais sur le point de l’éliminer avant de repérer ton intrusion.

— Tu m’as entendu arriver avec tout ce boucan ? demande-t-il choqué alors que la musique a bien failli le rendre sourd.

— J’ai placé des caméras, Declan. 

Le ton blasé de cette dernière prouve qu’il aurait dû y penser lui-même.

— Oh bien sûr, je le savais.

Il ne le savait pas du tout.

Les plaintes du daeva dans la pièce d’à côté les gênent dans leur conversation. Freya décide de l’achever d’un coup de poignard en plein cœur pour mettre un terme à ses souffrances. Toutes les armes n’ont pas cette capacité, seules celles des Nephilims sont mortelles pour cette espèce. Une fois le calme revenu, Freya retourne au salon comme si de rien n’était et sort une bouteille de vin rouge ainsi que deux verres qu’elle pose sur la table basse.

— Désolée, je n’ai pas de whiskey à te proposer.

Tous ceux qui le connaissent savent que Declan en est très friand. Sa famille possède une distillerie où ils fabriquent leur propre marque, celle que le Nephilim vante tant auprès de ses confrères qui ne le goûteront jamais. En dehors du vin rouge à boire avec modération, la religion défend la consommation d’alcool et contrairement à lui, la plupart des Nephilims ne dérogent pas à ces règles strictes.

— Tu es en Irlande et tu n’en profites même pas pour faire un petit écart ? Tu es décidément trop sérieuse, Freya Coleman, enfin si on retire le fait que tu tortures des daevas.

Freya reste indifférente à cette remarque et se contente de remplir les verres. La situation semble tellement normale pour les deux Nephilims qu’on en oublierait facilement qu’un cadavre est étendu dans la pièce voisine.

— Le Conseil m’a envoyé te trouver. J’espérais que tu profiterais du superbe climat de l’Irlande du Sud pendant ton séjour, mais visiblement il faut refaire toute ton éducation.

— J’y suis allée également, j’admets avoir une préférence pour le Nord.

Il ne sait pas si Freya dit ces mots pour le provoquer ou si elle le pense sincèrement. Il préfère croire que c’est une plaisanterie de sa part. Declan aime l’Irlande dans son entièreté, mais il trouve seulement que le Nord s’est un peu trop anglicisé.

— Tu comptes repartir bientôt ? On m’a informé que tu avais dépassé ta date butoir de plus de cinq jours.

— J’ai fini ce que j’avais à faire ici. Je prends le premier vol demain pour Rome.

Declan acquiesce. Il aura au moins respecté sa promesse faite au Père Hélios. Pourtant, cela l’attriste de voir Freya partir aussi tôt, il aurait souhaité l’avoir à ses côtés plus longtemps.

— Dis-moi… As-tu croisé quelqu’un en particulier quand tu étais dans le Sud ?

Elle fronce les sourcils, suspicieuse.

— Comment ça ?

— Oublie. C’est ta dernière journée ici, donc on va en profiter comme il se doit. Tu ne me refuserais pas un dîner, pas vrai ?

Le ton se veut presque dragueur, bien que surtout taquin. Declan a souvent laissé entendre qu’il finirait par avoir Freya, mais elle trouve toujours les mots qu’il faut pour briser ses espoirs à chacune de leur rencontre. Cela ne l’empêche pas de réessayer pour autant.

— Tu ne devrais pas en profiter pour passer le plus de temps possible auprès de ta famille ?

Declan s’empare de son verre de vin et hausse les épaules.

— Je crois que le Conseil me veut loin de l’Italie pour un moment, alors ne t’en fais pas pour ça. Et puis tu es un peu comme ma famille toi aussi.

D’accord, c’est plutôt malsain de désirer une personne que l’on considère comme sa sœur mais… c’est Declan et venant de lui plus rien ne choque les autres Nephilims à présent.

— Très bien, mais c’est moi qui choisis le restaurant.

Un sourire malin se dessine sur les lèvres de la belle rousse et ne lui inspire rien qui vaille. Declan sait néanmoins qu’il a intérêt d’accepter ses conditions. Freya n’est pas une femme à qui on dit non.

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1 Commentaire

  1. alexandra boussemart

    Me revoila enfin. Rien à dire chapitre propre, nouveau personnage qui ne manque pas de caractère. Les actions sont bien mené.
    Encore du beau travaille.

    Réponse

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