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Chapitre 8

DATE: 2 Mai 2020  |  AUTEURE: Elina Connor  |  31 vues

Irlande du Nord, Comté d’Antrim

La nuit est déjà bien entamée lorsque Declan quitte Freya pour rejoindre sa famille. Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas partagé un moment ensemble et puisque la Nephilim regagne l’Italie demain, il ne souhaitait pas lui dire au revoir trop rapidement.

Declan profite du trajet en voiture pour songer à tout ce que lui a dit Freya sur la mort de Daniel, les mensonges du Conseil ou encore les agissements des skinwalkers restés impunis. S’il y a bien une chose dont le Nephilim a horreur, c’est de l’injustice.

Pour se changer les idées, il met en route le lecteur CD d’Erin et sourit lorsque la première chanson se trouve être Should I Stay or Should I Go de The Clash. Voilà une bonne playlist qui s’annonce. Plus de tracas, Declan se vide totalement l’esprit et chante à tue-tête en tapotant ses mains contre le volant. Il arrive dans cette fameuse allée remplie d’arbres qu’il est obligé d’emprunter pour rejoindre la maison d’Ambrose et réalise que le spectacle est bien différent à une heure aussi tardive. Les ombres des branches se reflètent sur la route et ressemblent à d’étranges créatures venues prendre d’assaut le chemin, menaçant quiconque oserait s’y aventurer. Declan n’a pas l’air effrayé le moins du monde et continue de chanter, quand soudain il appuie d’un coup sec sur le frein. Par chance il n’y a personne d’autre que lui sur cette route. Le Nephilim descend du SUV bleu de sa sœur et braque son pistolet entre deux arbres, où il est persuadé d’avoir aperçu quelqu’un l’observer. Pourtant il n’y a personne…

— Je sais que tu es là, montre-toi.

Declan n’obtient aucune réponse. Il regarde autour de lui encore quelques secondes avant d’abaisser son arme et regagner le véhicule. Il attend, espérant que la silhouette se manifeste à nouveau, mais les minutes continuent de s’écouler sans le moindre signe de vie aux alentours… Il poursuit son chemin sans qu’aucun autre événement ne vienne perturber le reste de son trajet.

Lorsque Declan arrive à destination, il aperçoit une voiture grise stationnée dans la cour des Finnigan qu’il devine être celle de son frère. Erin va lui en vouloir… Il se gare juste à côté, coupe le moteur et prend une longue inspiration. Il n’a aucune idée de la façon dont vont se dérouler les retrouvailles avec Ambrose, à vrai dire il ignore tout de son état d’esprit actuel. Declan pénètre à l’intérieur de la maison où il entend des rires, celui de sa sœur et… d’un homme qui n’est pas son frère. Le Nephilim, perplexe, se dirige vers la source des voix et trouve Erin en train de ranger la vaisselle avec un type qu’il ne connaît pas et qui a visiblement dîné ici.

— Tu ne m’avais pas dit que vous receviez ce soir.

Les bavardages s’arrêtent d’un coup, comme s’il venait d’instaurer un froid et les regards se tournent vers lui.

— Oh ! Declan, je te présente Aaron, l’associé d’Ambrose. Il fait un peu partie de la famille, alors ce n’est plus comme s’il avait besoin de prévenir de son arrivée.

Un peu partie de la famille ? Qu’est-ce qu’il doit comprendre par-là ? Le type s’avance vers lui, un brun aux cheveux quelque peu décoiffés malgré la couche de gel qui ne doit plus trop tenir à cette heure tardive. Ses yeux bleus croisent ceux de Declan qui le dévisage. Il ignore pourquoi, mais il déteste ce sourire amical qu’il voit s’afficher sur les lèvres d’Aaron. Ce dernier est à peine plus petit que lui, en revanche il a l’air d’avoir l’âge d’Ambrose qui se rapproche doucement de la quarantaine. Non… Il est beaucoup trop vieux pour sa sœur ! Impossible que le Nephilim approuve.

— Aaron Davis, enchanté de faire enfin votre connaissance.

Declan baisse son regard sur la main tendue vers lui. Cela ferait mauvais genre de rester les bras ballants. Il met sans doute un peu trop de force dans sa poigne, mais Aaron ne semble même pas gêné. Cela l’agace d’autant plus.

— Declan Finnigan, le frangin des deux dégénérés. Désolé, mais pour ma part je n’ai jamais entendu parler de vous.

Il espère que cette pique aura plus d’effet que sa poignée de main trop serrée, en tout cas cela fait réagir sa sœur qui lève les yeux au ciel.

— Tu aurais été au courant de son existence si tu avais daigné répondre aux lettres qu’on t’envoie, lui reproche une nouvelle voix à l’autre bout de la pièce.

Ambrose devait probablement être en train de coucher les jumeaux lorsqu’il a débarqué. Erin a dû le prévenir de son arrivée car il n’a pas l’air surpris de le voir. Declan a reçu des tas de lettres de sa famille quand il se trouvait en Italie. Il les a toutes gardées, rangées à l’abri dans une boite, mais au fil des années il a fini par se limiter à une réponse par an pour l’ensemble de la famille. Le Nephilim ne se sentait plus le courage de leur mentir sur ses activités, il a donc opté pour le silence.

Declan se tourne pour faire face à son frère qui ne lui laisse pas l’occasion d’en placer une avant de surenchérir.

— Qu’est-ce que tu fous là, connard ?

Les douces appellations des Finnigan lui avaient manqué ! Le Nephilim est prêt à se prendre au jeu.

— Putain si tu voyais ta tronche de vioc !

S’il le provoque volontairement, au fond Declan est réellement frappé par l’évolution qui s’est opérée sur Ambrose. Il n’a que trente-sept ans, mais il a déjà des cheveux poivre et sel et des rides sur le front. Certes, la vieillesse ne l’empêche pas d’avoir conservé un certain charme, on dit d’ailleurs que les hommes se bonifient avec l’âge mais tout de même, son frère a bien changé depuis leur dernière rencontre. Son regard est sans doute ce qui le surprend le plus. Ses iris, dont la couleur noisette est propre à celle de tous les Finnigan, arborent une teinte plus sombre, beaucoup plus vide. Le Nephilim n’aime pas ce regard, mais il n’a pas le temps de s’y attarder davantage. Le poing d’Ambrose s’abat violemment contre la mâchoire de Declan qui craque. Rien de cassé heureusement, mais il a tout de même préféré l’accueil de sa sœur.

— Ceci est un home run pour Georges Clooney ! dit-il la bouche en sang.

À son tour de montrer toute l’affection qu’il a envers son frère. Declan lui envoie son genou dans l’estomac… et à partir de là les deux frangins roulent au sol en s’échangeant des coups. Aaron fait un pas en avant pour intervenir dans cette bagarre puérile, probablement choqué par de telles retrouvailles, mais Erin tend son bras afin de lui bloquer le chemin.

— Laisse-les, c’est comme ça qu’ils se disent bonjour.

— Ils vont surtout finir aux urgences !

Elle hausse les épaules, visiblement habituée à ce genre de situation.

— Ils s’arrêteront seulement lorsqu’il y aura un vainqueur.

Erin lui adresse un sourire, l’air de souhaiter à Aaron la bienvenue dans la folle famille Finnigan. Ce sera pire lorsqu’ils reviendront à Kilkenny où se trouve le reste de la grande fratrie. Aaron doit sûrement se demander s’il a bien fait de vouloir suivre Ambrose quand il voit les deux frères se rouler par terre.

Ambrose a beau être de la police, il ne fait pas le poids face au Nephilim lorsqu’il décide en avoir assez de ce petit jeu. Declan inverse la situation et Aaron remarque son habileté impressionnante, en particulier au moment où il vient se hisser dans le dos d’Ambrose, le rendant difficile à atteindre. Son bras s’enroule autour de la gorge de son aîné et se resserre. Réaliser une telle prise n’est pas à la portée de tous, encore moins contre un homme des forces de l’ordre durement entraîné. Le visage d’Ambrose prend une teinte rouge sous le manque d’oxygène et ce dernier cesse finalement de se débattre, tapant deux fois sur le bras de Declan pour déclarer forfait.

— C’est bon, t’as eu ton compte papy ? le provoque Declan qui le libère en riant.

Les deux restent un instant assis par terre, l’un en face de l’autre. Ambrose est adossé à l’un des meubles de la cuisine et reprend son souffle, le regard rivé vers Declan… qu’il décide de tirer vers lui pour l’étreindre.

— Maintenant ils ont fini, conclut Erin en adressant un clin d’œil à Aaron.

Même si elle jouait les indifférentes, Erin se radoucit lorsqu’elle voit ses frères s’enlacer et rire de bon cœur. Peut-être qu’elle aussi avait quelques craintes sur la manière dont se terminerait cette bagarre en fin de compte.

Declan se redresse et tend la main vers Ambrose pour l’aider à faire de même. Dans le feu de l’action, il ne se rend pas compte que le manche de son pistolet a dépassé de ses vêtements. Ambrose doit être trop heureux de retrouver son plus jeune frère pour y faire attention, mais cela n’échappe pas à l’œil avisé d’Aaron. Le Nephilim le remarque et remet en place sa veste pour camoufler son arme. Il détourne son regard de l’agent de police, ne manifestant aucune réaction à ce sujet.

— Je crois qu’il ne reste plus qu’un dernier gosse à coucher avant de pouvoir prendre l’apéro entre adultes, adresse-t-il à l’attention d’Erin.

D’accord, le repas a déjà été consommé, mais il n’y a pas d’heure pour l’apéritif !

— Je t’emmerde Declan ! réplique sa sœur sur un ton faussement énervé.

Le petit groupe s’installe au salon avec une bouteille de whiskey de l’industrie Finnigan. Les policiers sont tous deux assis sur un fauteuil en cuir beige tandis qu’Erin s’est affalée sur le canapé en tissu marron foncé aux côtés de Declan.

— Et donc, Declan, on m’a dit que tu travailles dans une Église. Qu’est-ce que tu fais exactement ? demande Aaron, l’air intéressé.

Declan sait parfaitement pourquoi l’officier lui pose cette question. Celui-ci cherche à obtenir un semblant d’explication sur la raison qui le pousse à porter une arme.

— Je suis responsable sécurité. J’aide également à faire des campagnes en tant que bénévole pour récolter de l’argent dédié aux orphelins. Vous n’imaginez pas le nombre de bébés abandonnés aux portes des Églises chaque année.

La plupart de ces orphelins sont destinés à devenir Nephilims, du moins ceux d’Italie. Aaron ouvre la bouche, probablement pour l’interroger à nouveau, mais Declan reprend la parole avant lui.

— On a voulu m’initier à la cueillette à mes débuts, mais ce n’était pas vraiment mon truc.

— Tu m’en diras tant ! s’esclaffe Erin.

Le sourire sur les lèvres de Declan disparaît tandis qu’Aaron continue de soutenir son regard avec la même intensité. Il sait que son corps de métier ne permet pas le port d’une arme dans un autre pays, mais il le met au défi d’oser lui poser une question inconfortable devant sa famille. Ambrose observe les deux hommes et fronce légèrement les sourcils, remarquant leur attitude étrange.

— Tu es là pour combien de temps ?

Le changement de sujet imposé par Ambrose semble détendre peu à peu l’atmosphère. Declan se décide enfin à reporter son attention vers son frère.

— Je n’en ai aucune idée. Le plus longtemps possible, sauf si tu ne veux pas de moi ici.

— Tu sais bien que tu seras toujours le bienvenu. J’imagine que Pa’ et Ma’ ne sont pas au courant que tu es dans le coin.

— Non, les autres non plus d’ailleurs.

Il a encore trois frères qui ignorent sa présence en Irlande. Voilà qui donnera lieu à de nombreuses retrouvailles en l’espace de quelques jours.

— Je sens que ça va être festif ! affirme Erin d’un ton amusé.

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