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Prologue

DATE: 2 Mai 2020  |  AUTEURE: Elina Connor  |  91 vues

Norvège, Oslo

Le tonnerre gronde, violent, destructeur, signe de mauvais augure. Une pluie tonitruante s’abat contre les murs en pierre d’un vaste manoir où les gouttes parviennent à s’infiltrer à travers les vitres brisées et inondent peu à peu les lieux. L’endroit est sombre, éclairé principalement par la faible lueur de la lune. Renversée sur le sol, l’ampoule jaunâtre d’une lampe clignote par intermittence, mais finit toujours par s’éteindre. La demeure est complètement saccagée, les murs sont partiellement détruits et les meubles ruinés. Difficile d’imaginer qu’une horde célèbre et fortunée habitait réellement ces lieux.

Au moment où la lumière éclaire la pièce, il est possible d’apercevoir plusieurs cadavres, avant de replonger dans l’obscurité. Un dernier souffle de vie est encore présent au milieu des décombres. Un homme nu et massif rampe sur le sol, trempé par la pluie et maculé de sang. Il semble se diriger vers un placard renversé quand une voix grave et menaçante retentit derrière lui et le stoppe dans son élan.

— Qu’espères-tu trouver ainsi ? 

L’ampoule scintille à nouveau et dévoile un individu qui s’avance d’un pas lent et assuré vers le blessé. Ses cheveux longs d’un blanc argenté tombent sur ses pectoraux que l’on devine sculptés derrière son épaisse veste noire. Les traits de son visage sont si harmonieux qu’on pourrait croire à l’arrivée d’un ange sur Terre, mais le sourire perfide qu’il affiche efface définitivement toute trace de bonté. Ses yeux sont d’un bleu perçant et glacial. Il y a quelque chose de particulier dans ce regard, une tache brune virevolte dans chacun de ses iris, telle une ombre dansante. La lumière s’éteint et le tonnerre frappe, reflétant sa carrure imposante sur l’un des murs. Il approche les deux mètres et rendrait insignifiant n’importe qui se tenant à ses côtés.

— Est-ce ce parchemin que tu recherches ? 

Le blessé se retourne et laisse entrevoir le visage d’un homme aux traits marqués, dont le physique indique une apparence avoisinant la soixantaine. Son corps est ravagé par le combat rudement mené. Une quantité de sang importante s’échappe le long de sa main qui tente de contenir une plaie béante au niveau de l’estomac. Il cherche désespérément à retarder le processus qui le rapproche lentement de la mort. Son ennemi déroule le document devant lui avant de se racler la gorge et commencer à lire.

Chère Régente, la situation s’est considérablement dégradée en Norvège. Si vous recevez ce parchemin, cela signifie qu’Alekseï Nielsen a pris les pleins pouvoirs sur le pays. Il est de votre devoir de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour arrêter ce daeva avant qu’il ne poursuive son expansion vers d’autres territoires.

Hakon Keegan
Aleph d’Oslo

L’homme aux cheveux argentés sort un briquet de sa veste et fait apparaître une flamme. Les deux ombres présentes dans ses iris s’activent à l’embrasement de la lettre, donnant l’impression d’avoir été perturbées dans leur tranquillité. Elles ne suivent plus les mêmes mouvements et ressemblent à deux petites taches en détresse. Ce n’est que lorsque le parchemin se dissout qu’elles reprennent leur rythme initial.

— On dirait que tes camarades ne recevront jamais ton message, Hakon. 

Hakon n’a guère le temps de réagir, Alekseï est trop rapide pour qu’il puisse le contrer en raison de ses blessures. Le dernier son qu’il entend est celui d’une lame qui siffle avant que sa tête quitte son corps pour retomber lourdement sur le sol.

Alekseï range son arme et reprend sa posture initiale, droite et fière. Un éclair retentit et lui permet de distinguer une fine silhouette dans son dos.

— Es-tu venue plier le genou ou rejoindre ton Aleph ? demande-t-il d’une voix grave.

Une femme à la longue chevelure blonde et soyeuse se rapproche de lui. Elle est vêtue d’une robe blanche d’été complètement mouillée, mais ne semble pas être dérangée par la température glaciale. Le daeva se tourne vers elle.

— Je n’ai rien contre les chamanes tant qu’elles me jurent fidélité. Tu possèdes des dons qui m’intéressent alors ma proposition tient toujours.

— Ma réponse reste inchangée : ma loyauté va uniquement envers les skinwalkers. Je ne me joindrai pas à toi, Alekseï.

Il esquisse un sourire à faire froid dans le dos, mais la jeune femme soutient son regard sans afficher la moindre crainte.

— Je viens d’éliminer le dernier skinwalker de Norvège, tu n’as plus de horde à laquelle prêter allégeance, annonce-t-il d’une voix calme.

Les yeux de la chamane se posent rapidement sur la tête décapitée de l’Aleph avant de revenir sur Alekseï.

— Alors je les rejoindrai dans un monde meilleur. 

À la vitesse d’un courant d’air, Alekseï se retrouve devant elle et glisse une main dans sa délicate chevelure blonde.

— Quel dommage… Tu aurais été si bien à mes côtés.

 Malgré la menace, cette dernière reste impassible.

— « Quand les Ombres se rassembleront et que la Lune saignera, l’Hani Vehkhar s’éveillera, maculé du sang noir de la perte et de la victoire. »

Le sourire d’Alekseï disparaît et son regard s’assombrit.

— Qu’as-tu dit ? 

Elle ne répond pas, mais le daeva ne semble pas vouloir faire preuve d’une grande patience. Il l’attrape par la gorge et la force à reculer jusqu’à la bloquer contre l’un des murs détruits du manoir.

— Depuis combien de siècles connais-tu cette prophétie déjà ? le nargue-t-elle.

Trop longtemps. Même si Alekseï ne dit rien, toutes les prêtresses sont au courant, y compris les chamanes. C’est au tour de la jeune femme d’esquisser un sourire, bien qu’elle ait conscience qu’elle ne survivra pas à cette soirée.

— La Régente est informée de la situation en Norvège, je n’ai pas attendu que la horde tombe pour la prévenir.

La chamane se hisse sur la pointe des pieds pour rapprocher ses lèvres de l’oreille d’Alekseï et sa voix se transforme en murmure.

— L’Hani Vehkhar est parmi nous, Alekseï… Ton règne arrive à son terme.

Elle recule son visage et l’aperçoit enfin, cette lueur de crainte traverser le regard du daeva l’espace d’un instant.

— Bientôt tu ne seras plus rien. 

— C’est ce que nous verrons, prononce-t-il d’un air assuré.

Il dépose ses lèvres contre les siennes pour lui offrir un long baiser, presque passionnel. Ses doigts se referment autour de sa chevelure blonde à mesure que leurs langues s’entremêlent. La chamane ne se débat pas, mais il sent un léger goût salé se mêler à leur échange pendant qu’il se nourrit de son énergie. Il n’éprouve pas le moindre remord à aspirer son âme, malgré les larmes qui coulent le long de ses joues. Au moment où il rompt le contact, le corps de sa victime s’écroule à ses pieds, sans vie. Alekseï s’essuie le coin des lèvres du bout de son pouce, comme après un bon repas. Il fait volte-face et pose son regard sur une jeune femme aux longues boucles noires et aux yeux couleur émeraude, adossée contre l’embrasure de ce qui était autrefois une porte. Cette dernière observe la scène avec l’indifférence la plus totale.

— Tu sais ce qu’il te reste à faire, Hazel.

— J’y travaille déjà.

Sur cette affirmation, la belle brune aux petites taches de rousseur se détourne d’Alekseï et s’éloigne dans l’obscurité. Le daeva se contente d’enjamber le cadavre de la chamane et quitte les lieux qui ne seront plus jamais habités. Alekseï veillera à ce que le manoir reste ainsi, symbolisant la chute des skinwalkers et sa victoire.

arrow left icon Préface

Chapitre 1 arrow left icon

2 Commentaires

  1. yolande KELLER

    le prologue est très bien écrit, m’ a donné envie de lire la suite ce que je ferai au cours de la semaine avec un réel plaisir si l’écriture reste fluide, agréable et captivante comme dans cette introduction

    Réponse
    • Elina Connor

      Bonjour Yolande, merci beaucoup pour ce commentaire !
      J’espère que la suite du livre vous plaira autant que le prologue =)

      Réponse

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